Mutualiser le matériel et la main-d’œuvre en intercuma
Publié le
Face aux enjeux actuels de l’agriculture, manque de main-d’œuvre, hausse des coûts de mécanisation, besoin de performance et de flexibilité, la mutualisation du matériel et du salariat en intercuma apparaît comme une solution concrète et durable. Le témoignage croisé de Jordan Lavalette (président de la Cuma Saint Symphorien), Claude Feissat (président de la Cuma Villemichel) et Bill Ricard (salarié de la Cuma de Saint Symphorien) illustre parfaitement l’intérêt de ce modèle collectif, à la fois humain, technique et économique.
Pourquoi partager du matériel et un salarié en intercuma ?
La réflexion est née d’un constat partagé par de nombreux agriculteurs :
« On a tous des exploitations où on peut manquer de main-d’œuvre à certains moments », explique Jordan Lavalette, éleveur bovin.
Dans le même temps, plusieurs exploitations faisaient face au renouvellement de matériel coûteux, notamment des presses à balles en fin de carrière. Investir seul devenait risqué, voire impossible.
La solution ? Regrouper les besoins, les moyens et les adhérents.
En mutualisant une presse cubique, un tracteur et un salarié, les deux Cuma ont pu atteindre une taille suffisante pour sécuriser le projet.
« Seul, c’était trop juste. Ensemble, on est devenus plus solides », résume Claude Feissat, éleveur bovin.
L’intercuma c’est quoi ?
L’intercuma est une pratique de mutualisation entre plusieurs Cuma qui vont au-delà du simple partage d’outils : elle consiste à mettre en commun non seulement du matériel mais aussi des ressources humaines, notamment via un groupement d’employeurs. Ce dispositif permet à plusieurs Cuma de combiner leurs besoins, d’optimiser l’utilisation des machines et de répondre à des pics d’activité sur leurs exploitations respectives.
Un projet intercuma construit collectivement
La mise en place de ce projet ne s’est pas faite du jour au lendemain.
Il a fallu plus d’un an de réflexion pour :
- recenser les surfaces et volumes de bottes,
- définir le dimensionnement du matériel,
- sécuriser l’organisation humaine,
- convaincre les adhérents.
« On est partis juste, mais on nous disait que le matériel attirerait de nouveaux utilisateurs. Aujourd’hui, on voit que ça se concrétise », souligne Claude.
Ce temps de construction est essentiel pour garantir la pérennité économique et l’adhésion collective au projet.
Un choix de matériel guidé par l’expérience terrain
Le choix de la presse et du tracteur a été réalisé avec pragmatisme.
Bill Ricard, salarié de la Cuma, apporte ici une expertise précieuse :
« La presse cubique et les tracteurs, je connais ça depuis petit ».
Son expérience a permis d’orienter les décisions techniques (options, puissance, polyvalence), afin que le matériel soit :
- adapté aux volumes réels,
- utilisable sur d’autres travaux agricoles,
- rentable sur le long terme.
Les avantages du partage de matériel et de salarié
Un gain de temps et de sérénité
Grâce à l’organisation mise en place, les agriculteurs peuvent se concentrer sur d’autres tâches pendant le pressage.
« Bill arrive avec l’outil, il presse, et nous on peut rentrer la marchandise dans la foulée », explique Claude.
Résultat :
- moins de manutention,
- moins de stockage nécessaire,
- une meilleure fluidité des chantiers.
Une relation de confiance
Le salarié connaît parfaitement les structures, les exploitations et les attentes.
« On peut lui laisser les rênes en toute tranquillité », souligne Claude.

Une réponse collective à des problématiques individuelles
« On se rend compte que nos problèmes sont souvent ceux de tout le monde », ajoute Jordan.
L’intercuma permet ainsi de rompre l’isolement, de partager les contraintes et de construire des solutions communes.
Une organisation du travail souple et réaliste
L’organisation repose sur une anticipation à court terme, indispensable face aux aléas climatiques.
- En été, Bill est prioritairement affecté à la presse.
- Le reste de l’année, il intervient sur les exploitations selon les besoins.
- La coordination est assurée par Jordan, qui gère les plannings matériel et salarié.
« Prévoir un mois à l’avance, ce n’est pas réaliste. On s’adapte en permanence ».
Cette souplesse est l’une des clés de réussite du fonctionnement en intercuma.
Des avantages économiques très concrets
Sur le plan financier, le bilan est sans appel.
Grâce aux aides à l’investissement et à la mutualisation :
- le coût de la botte est maîtrisé,
- le service est clé en main (salarié, carburant, ficelle inclus).
« À 7,50 € la botte, je défie quiconque de faire moins cher avec un round baller individuel », affirme Claude.
Un argument fort en faveur de la compétitivité des exploitations.
Mutualisation en intercuma : un modèle d’avenir
Ce témoignage démontre que partager du matériel et un salarié en intercuma, ce n’est pas seulement une réponse économique.
C’est aussi :
- un projet humain,
- une organisation plus résiliente,
- une dynamique collective au service des exploitations.
Dans un contexte agricole en mutation, l’intercuma apparaît plus que jamais comme un levier d’efficacité, de solidarité et de durabilité. Dans ce contexte, la Fédération des Cuma de Haute‑Vienne conseille, oriente et soutient les Cuma dans la mise en place de projets innovants, tels que la création de groupements d’employeurs ou l’organisation d’intercuma. Elle apporte une expertise technique et administrative, aide à structurer les dossiers, facilite les démarches pour accéder aux dispositifs d’aides et accompagne les adhérents dans leur réflexion collective. Cet appui a été déterminant pour les Cuma de Saint Symphorien et de Villemichel : c’est grâce à l’aide de la fédération que le projet de mutualisation de matériel et de salarié a pu se concrétiser dans un cadre structuré, sécurisé juridiquement et adapté aux besoins des adhérents.
Avec le soutien de :
